Il y a là une certaine ironie, voire une hypocrisie assez cinglante : nous avons affaire à une génération qui dénonce haut et fort l'intelligence artificielle au motif qu'elle menacerait ses perspectives d'emploi, tout en l'utilisant pour rédiger ses devoirs universitaires. Inévitablement, cette inquiétude, au demeurant parfaitement légitime, est auto-alimentée et son objet se nourrit de lui-même.
Mais allons plus loin.
La véritable menace ne réside pas dans le fait que l'IA « vole » des emplois comme par magie. D'ailleurs, aucune statistique économique ne tend à illustrer ce phénomène que tout le monde craint. En tout cas pour le moment…
À long terme, elle réside plutôt dans le fait insidieux de confier de plus en plus à l'IA la plupart des tâches d'exécution habituellement dévolues aux juniors : nous coupons court à la courbe d'apprentissage qui se poursuit au sein de l'entreprise. Et c'est là une véritable bombe sociale et économique, mais à plus long terme.
Le capitalisme pourrait finir par se dévorer un peu lui-même : les entreprises ne renouvellent plus leurs talents, et une sorte de nécrose s'installe. Tout le monde finit par être perdant dans ce jeu, qui repose sur une logique paradoxalement rationnelle et auto-destructrice à la fois.
Car le problème de fond n'est pas l'IA. C'est le révélateur de deux vieilles tendances humaines qui se télescopent et s'automutilent :
- d'un côté, notre tendance naturelle à la paresse (travailleurs, étudiants, toute personne exerçant une fonction cognitive) ;
- de l'autre, la volonté des entreprises de réduire leurs coûts.
L'IA n'invente et ne révolutionne rien de tout cela, malgré tout ce qu'on entend : elle ne fait que le mettre en exergue.
Publié initialement sur LinkedIn, le 28 mai 2026.