On entend beaucoup d'analystes catastrophés par les nouveaux tarifs douaniers annoncés par Trump, et la panique des marchés semble leur donner raison. Mais cette panique, justement, elle n'est peut-être pas un effet secondaire… elle est peut-être l'objectif. Car si on regarde les choses avec un peu plus de recul, cette manœuvre ressemble à un coup de poker bien calculé et présenter de nouvelles perspectives économiques intéressantes. Et contre toute attente, la France pourrait tirer son épingle du jeu.
Trump sait ce qu'il fait : en instaurant des droits de douane, dont 20 % sur les produits de l'UE, il crée volontairement de l'instabilité. Résultat immédiat : les investisseurs fuient les actions, se réfugient sur les obligations, et achèteront de la dette américaine. Ce qui fait baisser les taux longs et réduit le coût de financement des États-Unis.
Mais ce n'est pas tout. Cette pression exercée sur les marchés donne aussi à la Fed une excellente excuse pour baisser ses taux. Et si la Fed bouge, la BCE suivra. Ce qui, pour l'Europe, est une excellente nouvelle pour les entreprises européennes. Un assouplissement monétaire devient de plus en plus probable, et Trump aura, paradoxalement, mis la BCE au pied du mur.
Et la France dans tout ça ? Contrairement à ce qu'on pourrait croire, elle fait partie des pays européens proportionnellement les moins exposés aux mesures américaines. C'est ce que montrent les premières études : l'économie française dépend beaucoup moins à l'export du marché américain que l'Allemagne ou l'Italie. Et surtout, nous exportons notamment des produits dont la demande est très peu sensible aux prix. Le champagne, le vin de Bordeaux, les sacs Hermès, les parfums Chanel sont des biens de luxe relativement inélastiques. Les clients américains CSP+ qui achètent ce genre de produits sont prêts à payer plus pour ce genre d'achats statutaires.
Le seul vrai point de vulnérabilité pour la France, ce sont les avions Airbus. Mais là encore, l'histoire récente joue en sa faveur : lors de son premier mandat, Trump avait tenté de frapper Airbus en faveur de Boeing. Résultat, les mesures s'étaient retournées contre Boeing, qui avait vu ses livraisons plombées à l'international. Trump avait dû faire machine arrière, tant l'effet boomerang avait été fort. On peut parier qu'il n'ira pas plus loin cette fois-ci.
En revanche, les représailles contre les États-Unis, qui vont forcément venir, vont pénaliser des secteurs comme l'agroalimentaire, où les Américains sont en concurrence directe avec nous. Ici aussi, la France comme l'Europe peuvent tirer notre épingle du jeu, surtout si l'euro baisse mécaniquement face au renforcement du dollar. Nos entreprises gagneront en compétitivité sur les marchés mondiaux face aux Américains plombés par les mesures de rétorsion.
Cette reconfiguration du commerce mondial pourrait bien tourner en notre faveur et transformer le risque en opportunités.
Publié initialement sur LinkedIn, le 7 avril 2025.